Les vacances de Monsieur Culot

« Les soldats américains seront sur le sol dans les prochains jours », affirmait ce fan de Donald Trump au début de la guerre en Iran, visiblement heureux de nous apprendre qu’après tant de siècles César et Alexandre avaient désormais un successeur.

L’affaire, comme chacun sait, n’a pas traîné : les Américains ont débarqué, les mollahs ont pris la fuite, et le peuple iranien a été libéré d’un joug insupportable. Fort de cet important succès, notre homme peut désormais distribuer ses conseils sur l’Ukraine. «Nous devons nous asseoir autour d’une table», nous apprend-il, ce qui prouve que Monsieur Barchichat possède un esprit original, et qu’il a beaucoup réfléchi.

Avec ce sourire en coin et cet aplomb que même un professeur au Collège de France n’oserait arborer, Monsieur trouve que l’U.E. ne fait rien pour la paix alors que le président américain a dépêché deux promoteurs immobiliers pour mener ce projet à bien. Preuve que la diplomatie marche avec les dictateurs, le prince du deal a déplié le tapis rouge au maître du Kremlin. Et qui peut dire ici que le rendez-vous d’Anchorage n’a pas été, là encore, un succès éclatant ?

Amis pacifistes, faites confiance au vice-président d’Overseas Development Institute au lieu d’écouter bêtement les hommes de terrain. Dans la prochaine séquence, Isaac Barchichat vous apprendra comment faire l’amour à une femme, comment tirer à l’arc sans se faire mal à l’avant-bras, et comment changer une rustine sans descendre de vélo.

Beckett et le point Godwin

« En bon nazi, Furtwängler ne comprend rien au mystère », nous apprend Samuel Beckett dans une lettre datée du 27 janvier 1934, avant de préciser que ce dernier dirige la Septième de Beethoven comme on prépare une omelette. Précision supplémentaire : « Il a la charmante modestie de se laisser diriger par ses cuivres (qui soufflent comme seuls les buveurs de bière savent le faire), tout en faisant de sa petite main gauche des gestes très osés à l’intention de ses premiers violons, qui n’y ont fait heureusement pas la moindre attention. » (Atteindre le point Godwin sans aplatir son sujet est le privilège des grands). Plus conscient du péril nazi que de son génie, Beckett ne cesse d’être déçu par sa propre production. Résistant, prix Nobel, Beckett trouvera toujours le moyen de se rabaisser aux yeux des autres et de lui-même, autodénigrement dont l’expression définitive prendra la forme suivante : « Pourquoi diable ne suis-je pas entré chez Guinness comme le souhaitait mon père ? »

Le Sommier vous informe

Écrivains ou bénévoles, nous n’allons jamais à Kherson avec un signe « PRESS » affiché sur le torse parce que c’est la meilleure façon de se faire abattre par un Russe. Voilà quelque chose que Monsieur Le Sommier ne vous dira pas, trop occupé à défendre la liberté d’expression de Madame Fedorova. À quoi bon parler de la liberté d’expression en Russie – à quoi bon parler des journalistes ciblés et tués en Ukraine – quand le seul but est de conforter les poutinistes de CNews dans leurs espoirs et dans leurs certitudes ? Les intellectuels communistes se donnaient pour mission de « ne pas désespérer Billancourt » : il revient à Régis Le Sommier de ne pas désespérer Bolloré. À chacun sa mission, que voulez-vous. Bon vent et bon courage, mais n’oublie pas ton casque à pointe, ami fasciste, la prochaine fois que tu viendras à Kramatorsk. Ce sera un peu moins trompeur que ce titre de journaliste objectif qui nous fait tous bien rire.

31.07.2026

Antoni

Quand la mort d’un compatriote ciblé par un drone russe est moins importante que l’arrêté d’expulsion d’une idéologue à la solde du Kremlin, on peut dire que Poutine fait du bon boulot en France.

Petite pensée en ce jour très spécial pour Arman Soldin et Antoni Lallican, lesquels n’ont pas eu l’heur d’indigner nos patriotes avec la même ferveur que l’arrêté d’expulsion de Mme Fedorova.

Admirable patriotisme, qui consiste à voler au secours d’une propagandiste russe et à accueillir d’un petit haussement d’épaule fataliste la mort de deux journalistes français.

Kyiv 1.08.2026

kyivdesk.com

Photo : Adrien Vautier.

L’extrême droite la plus bête du monde.

Scandale sur CNews, où quelqu’un a tenu des propos non racistes. La scène vaut le détour et elle aurait fortement intéressé La Bruyère. Admirons chez Pascal Praud cette moue de caporal vexé qui découvre avec stupeur qu’une femme peut lui tenir tête. Admirons chez ce procureur de province ce petit air en coin qui fait peser sur son interlocutrice l’ombre d’une catastrophe imminente sous le fallacieux prétexte que cette jeune femme est en désaccord avec lui. Des sourcils bien taillés pour la menace bolloréenne, comme si la femme que le destin lui oppose si malignement (« c’est pas bien ce que vous dites ») venait de commettre un crime contre l’ordre fasciste dont il a la garde.

L’homme faible aime les potentats pour des raisons compensatoires évidentes – ou traiter les femmes en élèves dissipées du haut de sa misérable compétence. Sait-il seulement que ce petit regard en coin en dit plus long sur lui que toutes ses remarques racistes réunies ? « If you think strong men are dangerous, remarquait Peterson, wait till you see what weak men are capable of. » Mais nous savons, nous le voyons, nous n’avons pas besoin d’attendre.

S.W.

“Je n’ai à moi que mon jugement, mais mon jugement n’est pas sans changer quelque chose” (Science et perception dans Descartes, 1930)

Pourquoi Simone Weil ? Parce que la démagogie n’est pas le privilège des margoulins d’extrême droite : elle se faufile aussi bien chez les anti-capitalistes, les marxistes, les trotskystes, les bonimenteurs de la Révolution introuvable, et même chez les partisans si proprets de la social-démocratie. Un sacré tour de France, en somme.

Rendez-vous en mai prochain.

Réalisme

Qui écrira jamais la somme des prédictions erronées dont l’Ecole réaliste nous a gratifiés depuis un siècle ? Souvenons-nous de ce qu’écrivait Kissinger en 1970, à savoir que l’URSS resterait toujours là et qu’il ne servait à rien de chercher à changer ce « fait ». (On sait combien Poutine regrette la disparition de cette entité, mais on ne confondra pas la chose et la nostalgie meurtrière de la chose). Aussi bien, souvenons-nous des prédictions systématiquement fautives sur l’Ukraine du prince des réalistes américains — j’ai nommé Mearsheimer. Je veux bien croire que l’amoralité complète produit un certain plaisir dans la cervelle de ces messieurs, mais quand on voit à quelles analyses erronées en sont réduits les thuriféraires de la force, il y a lieu de se demander si, par hasard, écouter les plus faibles n’aurait pas quelque chose d’un peu moins bête. Comme disait le regretté Christopher Hitchens (lui-même auteur d’un essai remarquable sur Kissinger) : « Seigneur, délivrez-nous des réalistes. Pour ce qui est de la réalité, je m’en charge. »

Si l’administration m’était contée

Moins d’un an après son assassinat, lorsque j’ai écrit un livre pour exposer l’abandon dont Samuel Paty a fait l’objet de la part de ses supérieurs, un ministre macroniste de l’époque m’a accusé publiquement de soutenir une thèse farfelue, de salir son administration, et de vouloir faire de l’argent.

« Le calcul de ce genre de personnes est de faire scandale à partir de rien », crut-il bon de préciser à mon sujet sur Europe 1. Et notre homme de conclure : « N’allons pas chercher des choses qui sont fausses simplement pour faire scandale. Ce n’est pas bon pour le débat démocratique ».

J’aimerais pouvoir écrire : c’était une autre époque.

Comme ce n’est pas le cas — comme cette époque est bien la nôtre — je partage ici la tribune d’un ami indéfectible, Didier Lemaire – lequel ne lâche rien sur un point capital.

https://www.lefigaro.fr/vox/societe/didier-lemaire-apres-l-abandon-de-samuel-paty-le-temps-est-venu-de-se-pencher-sur-les-responsabilites-politiques-20260519

Et l’excellente tribune de Claudine Tiercelin, si vive et si claire :

https://www.liberation.fr/debats/2020/10/29/samuel-paty-a-paye-de-sa-vie-le-risque-du-savoir_1803892